Showing posts with label Hélène Proust. Show all posts
Showing posts with label Hélène Proust. Show all posts

Monday, November 12, 2007

Le 14 mars 1996


Hélas, M. Jourdain n'était pas l'ange de Dieu comme je le croyais, mais celui du Diable. La semaine dernière, quand il était en train de m'expliquer toutes les auditions qu'il avait organisées pour moi avec des metteurs en scène célèbres, il m'a plaquée, en disant «Un moment, s'il vous plaît, Mademoiselle Proust», car qu'il avait besoin d'aller téléphoner à son client pour vérifier l'heure exacte d'une de mes auditions. Et je l'attendais, naturellement, je l'attendais ... l'attendais; mais ma profonde patience était tout à fait en vain. Après cinq heures d'attente, je savais qu'il n'allait jamais revenir.
J'ai quitté son bureau, le coeur brisé, sans savoir où aller. J'avais seulement dix francs dans ma poche, et rien à la banque. Vagabondant désespérément, je suis passée derrière d'une vieille usine de chaussettes, où il y avait tant de cageots et de boîtes vides. J'en ai volée une, et je l'ai emmenée dans une ruelle noire, peu frequentée sauf par une meute des chiens affamés qui y rôdaient en cherchant un morceau de nourriture pourrie.
C' est là où je me suis installée en ce moment, oubliée, inconnue. J'ai beau chercher un boulot; personne ne veut embaucher une S.D.F. Je sais ce que le monde pense de moi, que je suis une vraie inutile, sale, dégoûtante. Et ils ont raison; je ne suis personne!

Sunday, November 4, 2007

Le 23 décembre, 1995


Ça fait deux mois aujourd'hui que j'ai rencontré un homme qui s'appellait M. Jourdain-- un homme que j'ai rencontré pour la première fois devant le Théâtre de Paris, la première personne qui croyait en moi.
Je venais d'y aller pour auditionner pour une pièce, une audition pour laquelle j'avais dépensé une grande partie de mes économies pour acheter une belle robe toute neuve au marché aux puces du coin. Enfin, c'était la seule nouvelle chose que j'aie jamais eu dans ma vie. Car quand j'étais jeune, mes grand-parents me disaient toujours que je ne méritais absolument rien de nouveau, rien de spécial (ils ne savaient pas, évidemment, la vraie valeur de mon serpent en peluche fidèle Maxine ... il était terriblement spécial pour moi). Mais cette robe, comme elle sentait bon, comme le satin frais! Et je m'étais fait faire les cheveux, tout bouclés, comme les cheveux des filles qui étaient allées au lycée avec moi, les jolies filles populaires que tous les mecs aimaient. Mais quand je suis arrivée au théâtre, ce théâtre brillant qui aurait pu changer mon destin, le metteur en scène m'a dit «Désolé!», que les auditions avaient fermé, et que l'actrice qu'il cherchait avait été déjà trouvée. Et quand j'ai quitté le théâtre, le mauvais théâtre qui avait ruiné ma vie, mon avenir, je croyais que j'avais entendu ce metteur en scène et ses amis rigoler, rigolant probablement parce qu'ils m'avaient déçue.
J'ai pleuré et j'ai pleuré et j'ai pleuré en quittant le théâtre, mes larmes tombant sur ma nouvelle robe en satin qui la maculaient avec leur sel. Je crois que je pleurais si fort que Dieu m'a entendu, parce que c'était à ce moment-là qu'il m'a envoyé un ange. Un ange sans ailes, mais un ange tout de même, qui s'appellait M. Jourdain. Il m'a promis qu'il pourrait m'aider à devenir une vraie vedette de cinéma, pour le bon prix. Mais n'importe quel prix est le bon prix! Comment peut-on mettre une valeur monétaire sur la célébrité!
Un jour, dans le futur proche maintenant, je serai connue. Je ne serai pas une femme oubliée, un membre passif de cette société méchante. Tout le monde me connaîtra. Bientôt, bientôt...

Sunday, October 7, 2007

Hélène Proust: Première Journée

Le 19 septembre, 1995
Je ne peux pas croire que Jean est parti! Et pour Margot en plus, ma voisine aussi laide qu’un cheval malade; Maxine est plus beau ! Hélas, même avec le cœur brisé, je dois lui montrer qu'il s'est trompé. Lui, il sera seul maintenant, oublié, inconnu, personne sans moi.
C'est exactement pourquoi, aujourd'hui, je vais quitter ce village stupide de Crespin pour vivre la vie brillante d'une vraie vedette à Paris. Avec Maxine, mon serpent en peluche toujours fidèle, nous serons ensemble trop célèbres pour marcher dans les rues sans notre entourage privé de gorilles qui devront nous protéger des foules des fanas, un couple inséparable dont tout le monde parlera au dîner. Chaque enfant, chaque famille, chaque pays connaîtra nos noms. Et je serai là, avec Maxine à mes côtés, me baignant dans leur amour profond, pleurant de la joie parce que ça sera juste ; la justice pour toutes les années que j'ai passées sans un seul ami, le sujet des blagues et des moqueries des autres filles. C'est moi qui serai leur idole maintenant. J'ai vécu trop longtemps sans une vraie famille, avec mes grand-parents qui ne m'ont jamais permis de poursuivre mes rêves. Je vais, peut-être, trouver quelqu'un avec qui je peux avoir mes propres enfants, qui m'aimeront autant que je les aimerai.
L'avenir est à moi. Je pars pour trouver mon destin.

Tuesday, September 25, 2007

La biographie de Mlle Proust



La vie de Mlle Proust est celle d'une «vedette» tragique. Elle est née à Crespin, un petit village industriel des Flandres, inconnu, à quinze minutes de la frontière belge au nord-ouest de la France. Sa mère est morte en accouchant, un événement après lequel son père, le coeur brisé, est entré dans une sorte de dépression grave, s'éloignant de sa famille et ses amis et se tournant vers les drogues pour survivre de jour en jour. Alors, la pauvre Hélène a dû demeurer avec ses grand-parents, un couple strict et tout à fait trop vieux pour élever un enfant, pendant ses années à l'école de Crespin. À l'âge tendre de douze ans, la petite Hélène, isolée des autres filles de son âge à cause de sa tendance de pleurer sans raison (elle avaient une peur inexpliquée), avec pour seul ami un serpent en peluche qui s'appellait Maxine, a découvert sa passion pour le théâtre après avoir joué le rôle d'une vedette (ironiquement) qui s'est noyée dans son bain. Mais, pendant sa dernière année au lycée, Hélène a rencontré un garçon, quelqu'un qu'elle croyait l'aimait. Elle a passé chaque jour avec Jean, et bientôt, elle a manqué trop de cours pour retourner au lycée. Quelques mois plus tard, Jean l'a quitté pour sa voisine, et Hélène a déménagé dans un taudis parisien, dans les bas quartiers du 18ème arrondissement, pour trouver un boulot. Là, un homme louche lui a promis qu'il pouvait l'aider à devenir une vraie vedette de cinéma, pour le bon prix. Il était convaincant, elle était convaincue, trop naïve pour une ville comme Paris. Enfin, il a triché, et elle était fauchée, sans rien à son nom sauf son fidèle serpent en peluche , Maxine. Maintenant, elle a trente-deux ans, et elle est clocharde dans les rues sales de Paris.